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A Mulhouse une manifestation syndicale contre la vie chère dynamisée et débordée par la « jeunesse déter' »

Par · · 5 min de lecture

Crédit photos : Martin Wilhelm

Retour sur une journée de grève et de démonstration de force sociale à Mulhouse, où lycéens et étudiants ont fini par imposer leur rythme au cortège syndical.

Ce jeudi 5 novembre, au moins 2 000 manifestant-e-s, selon les autorités, davantage selon les organisateurs, a défilé calmement dans les rues de Mulhouse « contre la casse sociale » .

Un chiffre à mettre en regard de la mobilisation nationale : entre 575 000 et 1,6 million de manifestants, à l’appel d’une intersyndicale, pour l’emploi, les salaires et les services publics.

Une démonstration de force supplémentaire qui s’inscrit dans une contestation déjà intense depuis plusieurs semaines, dopée par le mouvement lycéen et étudiant. Mais c’est surtout là une mobilisation inédite dans le paysage social et politique du pays, à moins de six mois d’une élection présidentielle.

Au départ de la place de la Bourse, à 14 heures, derrière une banderole appelant à « un avenir meilleur », la manifestation avait la physionomie classique des cortèges interprofessionnels.

Les jeunes qui ont été placés en fin de cortège, ce qui en dit assez long sur le sentiment de légitimité, présumée naturelle par les centrales syndicales, à porter les revendications économiques et sociales dans les rues.

Le cortège de la jeunesse s’est d’abord astreint à écouter les orateurs habituels dérouler leurs revendications traditionnelles.

On constatait, une fois encore, combien celle-ci puise dans une inépuisable capacité à réinventer les motifs et codes des messages politiques à faire passer aux dirigeants, avec imagination, drôlerie, références pop, mais aussi gravité.

Chez les syndicalistes « légitimes » (à en croire un Emmanuel Macron simplement oublieux de la Constitution), on intervint tour à tour. D’abord la CFDT, la FSU, l’UNSA, la CGT, puis FO, la CFTC, Sud et Solidaires, ont émis exigences qui tiennent en quatre points : l’augmentation des salaires et des pensions ; des moyens pour les services publics ; l’emploi et la formation tout au long de la vie ; une véritable politique industrielle.

L’intersyndicale a également réclamé « davantage de justice fiscale et des contreparties aux aides publiques », évoquant les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises estimés par la commission d’enquête du Sénat pour 2023, et demandant des engagements vérifiables en matière d’emploi, de formation, de salaire et de transition écologique.

Puis, à l’approche de la rue du Collège, le défilé syndical a changé de forme, lesté de son horrible train-train circulaire urbain.

Les jeunes ont en effet dépassé les syndicats après quelques foulées, et se sont installés à l’avant du cortège, puis se sont assis sur la chaussée, de sorte à marquer leur volonté d’occuper l’espace public, à défaut de débat public conséquent.

Quelques prises de parole plus tard, après quinze à vingt minutes de pause, la marche a repris, et ce sont alors des lycéens et étudiants qui ouvraient le cortège.

Ils n’ont plus lâché l’avant jusqu’au retour sur la place de la Bourse, face aux forces de l’ordre, tandis que la plupart des organisations syndicales avait déjà quitté le défilé à ce moment-là…

A Porte Jeune, un cortège étudiant et lycéen a observé une minute de silence en mémoire de la victime de l’attentat de Trappes, qui a coûté la vie à une personne fin octobre. Un temps recueilli, en écho aux minutes de silence respectées dans d’autres cortèges de la région.

Sur les thèmes portés par les organisations étudiantes et lycéennes, les orateurs de l’intersyndicale se voulaient explicites : les lycéens, apprentis et étudiants « doivent pouvoir étudier, se loger, se nourrir et se déplacer dans des conditions qui permettent leur réussite », et chaque jeune doit accéder à une formation de qualité « quelle que soit son origine sociale, quel que soit le territoire ».

Des exigences qui rejoignent la demande d’« emplois de qualité, avec des contrats stables, des conditions de travail respectueuses de la santé, des rémunérations décentes et des perspectives professionnelles ».

Le ton était à l’urgence : « Les revendications portées par les organisations syndicales de salariés et les organisations étudiantes doivent être entendues. Elles doivent être débattues et discutées avec le gouvernement et les employeurs. Les élections présidentielles de l’année prochaine ne sont pas des arguments pour éviter ce débat ».

Un message supposément entendu à Paris, où une conférence sociale a été annoncée par Matignon pour lundi, avec les organisations syndicales et patronales, mais sans les organisations de jeunesse !

La marche s’est finalement dispersée dans le calme, sans incident signalé avec les forces de l’ordre aux abords du rassemblement.

Reste à savoir si l’élan de cette jeunesse se traduira encore dans les futures mobilisations, dont les suites se poseront sans doute dans les jours qui viennent.

A Colmar, un cortège minimal et étroitement encadré

À Colmar, la mobilisation a été d’une autre ampleur : environ 200 personnes ont répondu à l’appel de la CGT, faisant de la préfecture du Haut-Rhin la mobilisation la plus modeste des trois villes. Ce faible chiffre s’explique en partie par le dispositif de sécurité déployé dans toute l’Alsace : des arrêtés pris en début de semaine avaient interdit les centres-villes de Strasbourg, Mulhouse et Colmar aux manifestants pour la journée, et les artères commerçantes étaient bouclées par les forces de l’ordre.

A Strasbourg, la plus grosse mobilisation alsacienne

Strasbourg a été, de loin, le principal point de rassemblement alsacien du jour : selon les organisations syndicales, environ 25 000 personnes ont défilé, dans une ambiance décrite comme festive. Le départ avait été donné à 14 heures, place de la République, selon un parcours imposé par la préfecture du Bas-Rhin, un itinéraire que les syndicats ont publiquement contesté.

L’appel avait été signé par une intersyndicale très large (CFDT, CGT, FO, CFTC, UNSA, Solidaires, FSU, auxquelles s’ajoutaient des organisations étudiantes), sur le même mot d’ordre national que partout ailleurs : la vie chère, les salaires et les services publics.

On note une double tonalité du cortège strasbourgeois : à la fois colère sociale « face à la vie chère » mais aussi solidarité affichée avec les lycéens, dont le mouvement enflait depuis plusieurs semaines.

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